À la prod : Richie Beats, aux manettes derrière Booba, Koba laD ou Freeze Corleone

Écrit par Jacques Simonian
Photo de couverture : ©Marcelo
Le 09.03.2021, à 09h09
05 MIN LI-
RE
©Marcelo
Écrit par Jacques Simonian
Photo de couverture : ©Marcelo
0 Partages
Depuis son arrivée dans le game à l’orée de la décennie 2010, Richie Beats a fait du chemin. On l’a vu croiser la route de Booba, Joke, Dinos, Mac Tyer et plus récemment celle de Freeze Corleone et d’Alpha Wann. En toute sérénité.

Avant que YouTube, les plateformes de streaming et internet rendent la musique beaucoup plus accessible, le monopole de la nouveauté était chasse gardée des chaînes de télévision. Pour Richie Beats et d’autres de sa génération, les Américains de MTV ou BET soufflaient la tendance : « À l’époque, je regardais énormément de clips : tous ces morceaux des US qui ne sortaient que six mois plus tard en France. Puis j’ai eu un premier ordinateur et je me suis construit un répertoire incroyable : J Dilla, Dipset, Just Blaze… » Logiquement, le jeune homme originaire de Mantes-la-Jolie commence à fréquenter des gens touchés du même syndrome avec qui il échange les références. Une pratique qui prend tout son sens, puisqu’avant de s’essayer au beatmaking, Richie était DJ : « Des potes mixaient dans des soirées dancehall et j’ai commencé à les accompagner. Parmi eux, il y avait DJ N9FF, un résident d’une radio locale de Mantes-la-Jolie et beatmaker à ses heures perdues, ainsi que DJ Deuspi. J’ai appris en les observant, puis je me suis lancé. »

À ces deux potes, il faut en ajouter un troisième : Cutee B, pionnier du hip-hop en France et ancien producteur de Fabe, Oxmo Puccino ou la FF. À tout juste 20 ans, Richie Beats entre en contact avec lui : « Cutee B a directement validé mon personnage, ma sincérité dans la musique et ma vision. Il m’a appris à être rigoureux, tout en gardant une certaine simplicité. C’est aussi lui qui m’a poussé à utiliser Logic. J’ai fait tous mes classiques avec ce logiciel . » Mais avant d’enchainer les hits, il y a eu une première fois avec le morceau « Say Ka mene », promis à l’artiste Guadeloupéen Saïk, un protégé d’Admiral T. Toujours dans le dancehall, il place ensuite ses productions chez SaMx avant d’élargir son cercle d’action en se frottant aux têtes d’affiche du rap français, à qui il propose spontanément ses services. Sefyu, alors au sommet de son art, est le premier à répondre par l’affirmatif. Ol’Kainry prend aussi le pari.

On dirait le Sud

Arrivé en grande pompe, Richie Beats passe un premier step lorsqu’il rencontre le MC montpelliérain Joke. Leur collaboration démarre dès 2012 avec le morceau « MTP Anthem ». Un titre qui a secoué le rap français : « À ce moment, ce qui fonctionnait c’étaient les délires à la Ryan Leslie. Tous ces trucs assez club avec beaucoup de mélodies… Joke et moi avons pris une direction totalement différente. On a ramené l’Amérique et ce délire dirty south à la Mike Jones. »

Dans les pas des États-Unis, une partie du rap français adopte à son tour la tendance crunk au fur et a mesure que les années 2010 avancent. Sur ce style de prod’ typique du Sud américain, Mac Tyer, Niro, Sadek, Rohff ou encore Dinos, tentent le coup, à leur façon. À propos de ce dernier, pour qui Richie a en grande partie façonné le projet Apparences en 2014, il ne tarit pas d’éloges : « On a pu ramener une couleur spéciale, comme sur le morceau “Namek”. On dirait une comptine, mais avec un beat qui tabasse. Franchement, Dinos, c’est l’un des rappeurs qui m’a le plus choqué en termes de phases : c’est un hustler. » Entre eux, c’est une histoire qui roule. En plus de cet EP, on leur doit aussi le plus récent « Flashé », single porteur de l’album  Imany (2018) du MC de La Courneuve.

Ce mood très américain, est arrivé jusqu’aux oreilles de Booba. Depuis son QG de Miami, le rappeur sort en 2015 le morceau « Tony Sosa », un classique signé Richie Beats : « Cette prod’ reste un mystère pour moi. À aucun moment je n’ai pensé que Booba allait la prendre. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas rappé comme ça. Il était en mode A$AP Rocky et ça a marché ! Je trouve ce morceau encore plus chaud que “Pinocchio”. » De cette deuxième collaboration avec le Duc, Richie Beats se souvient de la performance d’un newcomer déterminé : Damso : « Quand j’ai entendu son couplet, je me suis d’abord dit qu’il allait avoir des problèmes ! Mais j’ai vite compris le personnage et j’ai trouvé ça hyper chaud ». L’avenir sera témoin du succès fulgurant du rappeur Belge.

De Mac Tyer à la Don Dada mixtape

Après son travail avec Booba, Richie Beats a le vent en poupe et se rapproche de Nekfeu, Dosseh, S.Pri Noir ou Mac Tyer. Parmi toutes ces collaborations, le souvenir du morceau « Hier encore » a une place particulière. Construit autour d’un sample de la chanson d’Aznavour, Mac Tyer pose un texte dédié à son ami décédé : « On s’est retrouvé au studio Golden Eye pour l’enregistrement ; je venais d’apprendre la nouvelle. J’ai ouvert la piste et Mac Tyer a posé les premières mesures… Waouh… C’était un moment super intense, un vrai combat. À la fin de la séance, on était content d’avoir réussi, mais on avait tous un goût amer dans la bouche. J’ai du mal à réécouter cette chanson. Mais je me dis que d’une certaine façon, j’ai aussi honoré la mémoire de son ami. » C’est dans ce même studio, que, par hasard, Richie Beats et Alpha Wann se sont dernièrement croisé. Le compositeur ne le savait pas, mais la team du XIVe arrondissement de Paris préparaient la Don Dada mixtape vol 1.

« Je passais au stud’ en mode courtoisie, et je tombe sur Alpha, Nekfeu et toute leur équipe. C’est à ce moment que j’ai passé la prod de “Mitsubishi”. On a aussi composé aaa” avec Platinumwav, qui à la base devait être pour Nekfeu. Platinum est trop fort. Ça fait 8 ans qu’on bosse ensemble, et il n’a que 21 ans ! » L’arrivée de ces nouvelles générations dans le game offre à Richie de nouvelles opportunités. Aux manettes pour Koba La D, Freeze Corleone, ou Frenetik, le beatmaker observe le rap évoluer. Il admet que la musique est « meilleure » maintenant et que les artistes sont plus « libres ». Comme l’argent inonde aujourd’hui le game, Richie remarque que « certains pourraient aller encore plus loin dans l’excellence, comme un Childish Gambino. » Rien d’étonnant à ce qu’il mentionne le nom de l’Américain. Comme lui, Richie Beats possède un alter ego, Skreally Boy. Un alias sous lequel le producteur crée de toutes pièces ses propres chansons, dont le tout dernier projet « 22:22 » vient de sortir.

 De MTV jusqu’à ce dernier crochet par Atlanta, l’Amérique semble toujours guider les pas de Richie. Et qui sait ? Un jour, peut-être grâce à lui, on aura enfin un featuring France/USA digne de ce nom ? Car jusqu’ici, les collaborations de ce type n’ont que trop rarement marqué les esprits.

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant