À la prod : Binks Beatz, le beatmaker derrière les hits de Lil Baby, Alpha Wann ou Hamza

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 17.02.2021, à 11h35
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En se faisant un nom dans le sillage de 13 Block, Binks Beatz est devenu l’une des figures qui comptent dans la production rap hexagonale. Le beatmaker, profondément influencé par l’école américaine, a su forcer la chance a grand coup de charbon et d’instrus martiales.

Par Brice Miclet

Binks Beatz l’affirme : « Finalement, 2020 a été la meilleure année de ma carrière. » Depuis qu’il a commencé la musique il y a maintenant six ans, le beatmaker est devenu l’un des architectes sonores les plus en vue du rap français. L’année passée, Alpha Wann (“La lune attire la mer”), Laylow (“PLUG”) ou encore 1PLIKE140 (“Dans mon assiette”) ont posé sur ses instrus. Des cartons d’estime et de charts, tout comme son dernier placement en date, à savoir le titre “Réel” d’Hamza, une co-prod présente sur le dernier album du Belge. En featuring, on y retrouve Zed, rappeur du groupe 13 Block. Et non, cette info n’a rien d’anodine.

Car sa carrière est indissociable du groupe sevranais. C’est avec eux qu’il a fait ses armes, alors qu’il était encore un parfait inconnu. Un mec qui, comme bien d’autres, a découvert la production grâce à la grande accessibilité des logiciels de MAO, en l’occurrence de mastodonte FL Studio (ou Fruity Loops pour les intimes). « J’ai vu mes potes bidouiller sur leurs ordis, et ça a été le déclic. Je suis rentré chez moi à Saint-Leu-la-Forêt dans le 95, et j’ai téléchargé le logiciel. Je ne l’ai plus jamais lâché. » Jusque là, rien de bien inhabituel. Sauf que ce qui fait souvent la différence entre une passade et une passion, c’est le travail. Binks Beatz passe des heures à produire, à « bouffer des tuto Youtube », à se perfectionner, et surtout à faire écouter son travail à une connaissance déjà bien installée dans le game. « Il est discret, il ne veut pas qu’on parle de lui. Mais il me disait : « T’es pas prêt, bosse ça, puis bosse ça. » Un jour, après avoir charbonné pendant un mois, il m’a dit : « Ok, là t’es prêt. » »

À l’américaine

On est alors en 2016. À l’époque, les 13 Block viennent de signer chez Because Music, mais ne sont pas encore les princes de la trap hexagonale que l’on connaît désormais. Via leur producteur, les prods de Binks Beatz leur arrivent aux oreilles, et une collaboration fructueuse naît. « Il n’y avait absolument rien de calculé. On faisait des sons, on était totalement sur la même longueur d’onde », se souvient-il. « Et quand on a eu assez de morceaux en stock, on a sorti une mixtape. Voilà, c’est aussi simple que ça. » La mixtape en question, c’est Violence Urbaine Émeute. Une boucherie.

C’est vrai que ça a l’air simple. Mais si Binks Beatz parvient à se faire un nom si vite, c’est aussi parce qu’il se réfère aux meilleurs. Son école, c’est la noirceur d’Atlanta. C’est la team 808 Mafia, menée par les producteurs Lex Luger et Southside, du genre à faire des hits avec 500 balles de matos. C’est Metro Boomin qui, à l’époque, commence son ascension en produisant pour Ludacris, Travis Scott. Et surtout Future, avec l’album DS2. « C’est un de mes projets préférés tout type de rap confondu », avoue Binks Beatz. Sur Violence Urbaine Émeute de 13 Block, il développe un son massif, martial, fait de sirènes hurlantes, comme sur le titre “Insomnie”, co-produit avec Bunkerworldd, un autre bâtisseur phare de la tracklist.

La base

En 2016, cela ne fait qu’un an que Binks a commencé la prod, mais avec 13 Block, il dispose d’une carte de visite précieuse. Il enchaîne avec des placements pour Kaaris (le titre “Vie Sauvage”), Rim’K, avec qui il collaborera à plusieurs reprises par la suite (“Alien”, “Hitch”, “Sons Of Anarchy”…), ou encore l’excellent Kekra (“Distances”). Et en 2017, il frappe un grand coup. « On s’était mis au vert en Bretagne avec Bunkerworldd dans une maison au milieu des champs. Partout où on va, on emmène nos ordis. Certains se retrouvent pour jouer à la console, nous on fait du son. » Il compose une instru qui, de fil en aiguille, d’intermédiaire en intermédiaire, arrive dans les mails de Lil Baby. À ce moment là, le natif d’Atlanta est une star montante. « J’ai reçu un coup de fil, on m’a dit : « C’est ok, Lil Baby a posé, le son va sortir, et ils vont faire le clip. » C’était fou. Tu te rends compte ? Cette prod, je l’ai faite, y’avait une vache à côté de moi ! (rires) » La base de ce titre : un sample du titre “I Forgot To Be Your Lover” de William Bell, sorti en 1968 et déjà échantillonné par Dilated Peoples et Ärsenik. Mais que Binks Beatz découpe différemment, le dotant de silences supplémentaires, d’une rythmique inédite.

Progressivement, les sonorités que Binks Beatz convoque évoluent. Rien de plus normal après tout. Peut-être qu’il s’adoucit, qu’il met de plus en plus l’accent sur les harmonies, sur des mélodies plus identifiables. Mais ce côté sombre, cet héritage des pontes de la trap, hante toujours son travail. « Tu peux sortir une mélodie hyper cain’ri, un gars va te faire un son qui sonne français avec. À l’inverse, tu peux faire un truc très français avec des accords magiques, la prod’ va finir à Atlanta. Il n’y a pas de règle. C’est l’énergie du morceau qui compte avant tout. Rien n’est cloisonné. J’ai fait une erreur à mes débuts, comme d’autres beatmakers d’ailleurs : j’ai voulu compliquer mes prods, rajouter trop de choses pour montrer que j’étais chaud. Mais souvent, les trucs les plus chauds sont les plus simples. ChaseTheMoney ou Southside savent faire ça très bien. Au bout d’un moment, tu comprends ça, tu sens qu’il ne faut pas trop se prendre la tête et juste faire les choses bien. » C’est la base.

Trouver l’équilibre

Et pour faire les choses bien, Binks Beatz a décidé de prendre les choses en main. En 2019, il sort l’excellent projet Drip Music. Douze titres sur lesquels il convoque Youv Dee, Hamza, Take A Mic, Rowjay, ou encore les potos de 13 Block. Car depuis que les coulisses du rap sont devenues une curiosité pour le public, il devient plus aisé pour les beatmakers français de faire des projets sous leur propre nom. D’autres l’ont fait récemment : GhostKiller Track, Myth Syzer, DJ Weedim, Ikaz Boi… Binks y développe sa patte, celle où les kicks et les basses sont à l’unisson, héritage de l’utilisation historique de la TR-808. C’est particulièrement vrai sur des titres tels que “Usain Bolt” , “Pat Le Guen” , ou “Ratchet”.

Le bonhomme est donc sur la phase ascendante. Il s’est structuré, s’est entouré, et place des prods chez des rappeurs aux identités artistiques de plus en plus diversifiées. Parce que le son, qu’il soit américain ou français, évolue. Et parce que lui, également, se nourrit de ce qui l’entoure sans se reposer sur ses lauriers. Il semble avoir trouvé ce que beaucoup de beatmakers cherchent parfois en vain : un équilibre entre la musique qu’il chérit, et ce que les rappeurs, l’époque et le public réclament. Ca n’a rien d’aisé, mais Binks Beatz est sur la bonne voie.

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