À écouter : Manu le Malin mixe 2H de musique hard sous son alias techno The Driver

Écrit par Alexis Tytelman
Le 12.06.2019, à 15h49
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©Nordik Impakt 2017 - Jacob Khrist
Écrit par Alexis Tytelman
En exclusivité pour Trax MagazineThe Driver a récupéré un enregistrement d’un set de deux heures réalisé dans l’un de ses clubs fétiches : La Carène, à Brest. Une bonne occasion de discuter avec la légende du hardcore de son passage du vinyle au digital et de sa technique de mix si particulière. Cœurs sensibles s’abstenir.

Après une brève introduction, il entame in medias res avec une track breakbeat industrielle. Les kicks saturés sont déjà là. Il enchaîne avec une transition impeccable sur un rythme techno. Vers 1:45, on entre dans le chaos pur et simple, à tel point que l’on croirait à un bug des platines, jusqu’à ce qu’au bout de deux heures, il ne termine sur un morceau furieux entre trap, métal et hardcore. Au milieu de tout ça, un art du mix reconnaissable entre mille : mélodies oppressantes, chants médiévaux, tambours de guerres, larsens et flutes désaccordées enchainées sans vergogne. Vous l’aurez deviné, il s’agit d’un enregistrement d’un DJ set de The Driver, également connu sous son alias Manu le Malin. C’était en décembre dernier à Brest, dans le club La Carène. Une institution bien connu des festivaliers d’Astropolis.

Interview

Quelle est ta relation à La Carène, où tu te rends souvent ? 

C’est une salle des musiques actuelles qui accueille tout le long de l’année des évènements d’Astropolis. L’acoustique est chouette, et je connais l’équipe depuis longtemps. Je n’y ai joué que deux fois, mais je fréquente souvent le lieu dans le public. À chaque fois que je vais à Brest, il s’y passe quelque chose.

On sent une grande frénésie dans ce mix, de quelle manière avez-vous préparé ce DJ set ?

Avant, avec les vinyles je faisais une sélection assez précise. Maintenant, avec le digital, j’ai une énorme collection, et je n’utilise même pas Rekordbox, du coup j’ai des petits problèmes parfois. On a souvent l’impression que la bascule vers le digital est facile, mais en réalité, je galère. Je n’ai pas de CDJs chez moi, donc je découvre un peu plus à chaque fois comment ça fonctionne. Je n’utilise pas de boucle, car les tracks sont super riches. Ça m’arrive aussi de rejouer plusieurs fois le même morceau sans m’en rendre compte, mais ça n’a pas l’air de déranger les gens. En réalité, je me limite techniquement à ce que je faisais avant sur vinyle, et même moins, car je n’ai pas encore les compétences pour scratcher sur CDJ. Du coup, je laisse beaucoup plus de place à la musique.

Pourquoi avoir basculé du vinyle au digital  ? À l’oreille, ça parait impossible à dire.

Trop de galères techniques, je ne m’éclatais plus car il y a toujours du rumble, que c’est compliqué de calibrer le sound-system. Les techniciens me remercient quand je leur dit que je joue sur platines numériques [rires]. Je ne numérise pas non plus mes disques car ça me gonfle de jouer de vieux morceaux. Et puis, je retrouve ce plaisir du digging sur Bandcamp ou d’autres sites Internet. J’y passe parfois des nuits, à errer en quête de nouveaux morceaux. Je joue également du digital pour pouvoir suffisamment ralentir les disques sans changer la tonalité grâce à la fonction “Master Tempo”. Si j’avais un message à faire passer aux jeunes DJs, ce serait « Démerdez vous et diggez par vous même ». De mémoire, j’ai joué des morceaux d’UVB76, The Panacea et sans doute du Ghost in the machine.

Comment a réagi le public ?

Je crois que ça s’est bien passé, mes souvenirs sont flous. En réalité je ne regarde pas beaucoup la foule. Quand je démarre, il me faut un quart d’heure pour me mettre dedans et puis, si ça se passe bien, je lève les yeux, un éventuel sourire, et je repars dedans jusqu’à la fin. J’écoute le public plus que je ne le regarde, je peux entendre des cris. Si ça gueule, c’est que ça pousse. Et si les gens sont toujours là, tant mieux. Sinon, pas grave.

On a l’impression que The Driver correspond de plus en plus à la techno actuelle. Où placez-vous la frontière entre vos deux alias ?

Quand je joue hardcore je suis vers 140 BPM, donc à peu près à la même vitesse que sur The Driver. Aujourd’hui, la techno cogne vraiment et je me fais rattraper par la patrouille. Ça a été enregistré en décembre donc c’est sur que, aujourd’hui, je jouerai quelque chose de très différent. La deuxième partie est assez énervée, tandis que la première est plutôt vaporeuse. Pour moi la vitesse n’est pas forcément synonyme d’agressivité.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cet incroyable morceau de clôture ? 

Tout le monde m’en parle ! C’est un morceau d’Animal Holocaust que mon ami Madben m’a envoyé. C’est vraiment un morceau de clôture, impossible de jouer quoi que ce soit après ça. Sortir de là-dedans c’est une galère. Je le réécouterai sans doute dans un an, mais je ne le joue plus actuellement. Je regarde devant, sans dénigrer les anciens morceaux bien entendu, mais le délire de ne jouer que du old school, bof. D’autres le font bien mieux que moi.

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