À Clichy, la discothèque l’Échappatoire était le temple disco de toute la région parisienne

Écrit par Trax Magazine
Le 10.02.2022, à 12h27
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New York avait le Studio 54, Clichy-Sous-Bois, l’Échappatoire. Au cours des années 1970 et 1980, la discothèque de banlieue parvint à se hisser au rang de lieu mythique du funk en France grâce à son DJ emblématique, Micky Milan, l’un des fondateurs de ce que l’on appellerait plus tard le french boogie. Vingt ans après sa fermeture, des habitués nostalgiques tentent de réveiller l’Échapp’, le temps d’une soirée. Mais le Clichy qu’ils ont connu a bien changé.

Par Maxime Jacob. (Photos : Archives Micky Milan)

Un tapis rouge, que la pluie et la boue ont transformé en gros buvard brun, rend périlleuse l’arrivée dans l’enceinte du gymnase Henri-Vidal de Montfermeil, juste à côté de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Les talons de Betty, de Nadine et de leurs copines ralentissent à l’approche du sas d’entrée. Les filles s’agrippent aux bras de leurs amis, Johnny, Pascal et Jean-Pierre, la soixantaine, en costards impeccables, et s’aventurent sur le tapis à tâtons, comme on marcherait sur une large plaque de verglas. Pause clope avant d’entrer.

Du gymnase désaffecté s’échappent des lumières aux teintes bleues et violettes, des lasers, dont les faisceaux sont rendus visibles par de la fumée artificielle. Une poignée de berlines, de SUV et de citadines toutes options – les carrosses de la bande à Betty – sont garés sur le parking, au pied de l’édifice branlant. Il est 22 heures ce samedi 2 octobre 2021. Les Ateliers Médicis, une institution dédiée à la création artistique et à l’inclusion des populations paupérisées du coin, ont organisé dans le cadre de la Nuit Blanche une soirée qui s’annonce mémorable. Pour l’occasion, le gymnase Henri-Vidal s’apprête à se transformer en discothèque. Et pas n’importe laquelle : dès minuit et jusqu’à 2 heures, il sera l’Échappatoire, une boîte de nuit qui a été l’épicentre de la fête à Clichy-sous-Bois de 1968 à 2001. Anciens habitués du lieu, Betty et ses amis se sont chargés de mobiliser les troupes en réveillant le groupe Facebook « L’échappatoire Discothèque », une communauté de 750 nostalgiques de ce club, anciennement situé au 105-109 allée de la Chapelle, dans ce qui a depuis été reconverti en médiathèque où l’organisation de soirée n’est plus d’actualité. Faute de mieux, il a donc fallu se rabattre sur la salle de sport.

Ancienne façade de L’Échappatoire

Mais en attendant que ne résonnent les premières notes de ce funk canaille qui faisait la sève de l’Échappatoire, le DJ en charge de la première partie de soirée passe de la « musique de jeunes ». Il enchaîne les hits de rap du moment qui plaisent aux gosses de cette banlieue parfois réputée sensible, tristement connue pour avoir été le point de départ des émeutes d’octobre 2005, survenues après que Zyed Benna et Bouna Traoré, deux jeunes Clichois de 17 et 15 ans, ont trouvé la mort dans un transformateur électrique, alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle de police. « Les Ateliers Médicis ont souhaité confier le début de soirée à des DJs du coin, pour que cette soirée soit aussi la leur. J’ai peur que la transition avec la soirée de l’Échappatoire ne soit compliquée. Pas sûr que les premières notes de funk soient bien accueillies », appréhende Jacques, un ancien DJ de la discothèque, venu spécialement de Pontrieux, son village breton, pour l’occasion.

Des gamins du coin s’échappent du gymnase en courant, filent à travers le sas d’entrée, piétinent à grandes foulées ce qui reste du tapis rouge et répandent encore un peu de boue çà et là. Betty leur jette un regard noir, apprêtée dans sa robe moulante à paillettes, puis tire une longue latte, hésite entre l’excitation et la crise de nerfs. « On a vraiment flippé quand on est arrivé », confiera-t-elle, quelques jours après la Nuit Blanche. « Il n’y avait que des jeunes du quartier et nous, tu parles, on était en tenue de soirée. À l’époque, les mecs en survêt’ ne rentraient pas dans la boîte. » Jacques esquisse un léger rictus : « Quelque part, vu le mélange des genres, je comprends qu’il n’ait pas voulu jouer… » Sur le côté du dancefloor, Betty est remontée : « Il a d’abord accepté de mixer pour la soirée, mais ensuite il a fait sa star, et ça fait trois semaines qu’il fait le mort. Tant pis. » 

« Il », l’absent dont tout le monde parle ce soir d’octobre, c’est Milan Zdravkovic, plus connu sous l’alias Micky Milan. L’Échappatoire n’aurait jamais existé sans le DJ, légende française du funk. Pour le rencontrer, rien ne sert d’arpenter Clichy-sous-Bois ou de traîner au bas des grands ensembles vétustes du Chêne-Pointu et de la Forestière. Ces temps-ci, Micky Milan passe ses journées à Boulogne-Billancourt, aux abords du stade Roland-Garros, où les berlines et SUV jurent moins avec le paysage. « Je ne suis pas fan de ce que j’ai vu sur le groupe Facebook de l’Échappatoire », balaie le visage emblématique de la discothèque, casquette bien enfoncée et lunettes teintées sur le nez, aujourd’hui l’un des DJs officiels du tournoi de tennis. « Les membres y écrivent beaucoup de trucs faux. Ils publient mes photos sans me consulter. Quand ils décrivent l’Échappatoire, j’ai parfois du mal à reconnaître ma boîte de nuit. »

Micky et le cowboy

Au début des années 1970, Milan Zdravkovic, pas encore majeur, écume les boîtes de Paris. Il sort au Sept, au Milord Mods, dans les discothèques des Champs-Élysées qui jouent la Motown ou Aretha Franklin. Il est toujours accompagné de sa bande : des jeunes de Gagny, comme lui. « J’étais dans la bande de Gilbert Montagné. Ceux qu’on détestait, c’était la bande à Dutronc », raille le DJ. En 1972, Milan « Micky » Zdravkovic, pousse pour la première fois les portes d’une discothèque de banlieue ouverte en 1968 par un certain Claude Guibert. « C’était l’héritier d’une famille de paysans », retrace Micky. « Il débarquait du Berry et voulait investir dans la capitale. C’est comme ça qu’il a lancé l’Échappatoire. À cette époque, il existait peu de grands dancings comme celui-là. »

Micky Milan (au centre)

Claude installe son frère, Patrick Guibert, au bar et un certain Cassidy aux platines. « On l’appelait comme ça parce qu’il marchait comme un cow-boy et qu’il portait des santiags. Super look. Bon DJ », décrit Micky, qui a conservé un phrasé très 80’s. « Il jouait de la black music. Très tendance, le type. » Cassidy remarque le nouveau jeune client intéressé par la soul, lui fait un brin de causette entre deux morceaux. Un jour, Cassidy repère une fille sur la piste de danse. « Il a lancé le quart d’heure américain, et m’a demandé si je pouvais m’occuper de la musique pendant qu’il draguait », remet Micky Milan, qui entre pour la première fois dans une cabine DJ. Les femmes vont provoquer la perte du cow-boy : « Un jour, Claude Guibert m’appelle et m’explique que Cassidy est malade. Il voulait que je le remplace définitivement. » Le DJ aux santiags ne s’est plus jamais installé derrière les platines du club. 

Micky Milan aux platines
Le trio disco new-yorkais New Paradise à l’Échappatoire

Aux commandes de l’Échappatoire, Micky Milan va, soirée après soirée, devenir le DJ légendaire de son époque. Les liens qu’il crée avec les disquaires parisiens spécialisés vont lui permettre de définir un style, « la touche Échapp’ », et d’avoir une longueur d’avance sur toutes les autres boîtes concurrentes. Au 84 de la plus belle avenue du monde, Marcel Benbassat tient Champs Disques, le disquaire le plus influent des années 1970 et 1980 à Paris. « J’ai commencé à m’y rendre régulièrement quand je suis devenu DJ de l’Échappatoire », retrace Micky Milan. « J’y passais avant de jouer, je prenais un bac avec les nouveautés imports de la semaine pour les jouer dans la discothèque. Les lendemains de soirées, Marcel Benbassat recevait une quarantaine de nouveaux clients venus lui acheter les disques entendus à l’Échappatoire. Au bout d’un moment, je me suis fait rémunérer. »

Sans transition

Derrière les platines, Micky Milan se la donne, grave. Il développe sa technique de mix propre. « Les transitions de deux minutes entre les morceaux, c’est pour les nazes. Les DJs qui choisissent leurs disques parce qu’ils s’enchaînent bien sont des nuls. Moi, je faisais court », décrit-il. « Quand un morceau jouait, je pensais au prochain. Tac ! Le morceau vient de changer : une baffe dans la gueule. Tac ! Un autre morceau : une nouvelle baffe dans la gueule. Je n’ai jamais vidé un dancefloor. Je faisais des trucs auxquels les autres ne pensaient pas. Je jouais des lives de James Brown quand tout le monde jouait les versions studio. Et Tac ! Une intro des Stones. Et Tac ! Un morceau de Neu!. Les gens étaient complètement hystériques. »

Les transitions de deux minutes entre les morceaux, c’est pour les nazes.

Micky Milan, DJ de l’Échappatoire

Micky remplit le club, devient un DJ sensass’. Claude Guibert lui laisse carte blanche. Il lui confie la direction artistique de l’établissement et sort son carnet de chèques, sans compter. Grâce à ça, Micky Milan peut créer un lieu de fête unique en son genre, où rien n’est jamais laissé au hasard. Le samedi, les premiers clients arrivent généralement à 20h30. Ils paient leur entrée, sous l’œil des videurs. Les baskets sont interdites. Le vestiaire jouxte la caisse et fait face à une fontaine où des jets d’eau s’activent en fonction de la musique. L’entrée débouche sur la piste de danse principale de l’Échappatoire.

Le chanteur Rod sur le dancefloor de l’Échappatoire

Cerclé de balcons et de larges poutres en bois, le dancefloor lumineux devient la signature du club. « J’avais repéré l’idée dans un petit club de New York », croit se souvenir Micky. « On a fait venir des ingénieurs de Dassault pour qu’ils conçoivent une piste de danse rétro éclairée. C’étaient des killers, les mecs. Ils ont installé les caissons de basse sous la piste vitrée. Les fréquences médiums venaient du dessus et les aigus de tous les côtés, crachés par des enceintes Montarbo. C’était le top du top. » Le club se remplit et, à minuit, il devient impossible d’y entrer, privant de soirée la plupart des fêtards de province, puisqu’aucun système de prévente n’est mis en place. Micky Milan prend les platines, commence doucement, puis monte en flèche jusqu’à un premier pic, vers 1h30. « À ce moment-là, les gens sont explosés par la musique », précise Micky, sur un ton péremptoire.

On a fait venir des ingénieurs de Dassault pour qu’ils conçoivent une piste de danse rétro éclairée. C’étaient des killers, les mecs.

Micky Milan, DJ de l’Échappatoire
Micky Milan et Marvin Scott

Parfois, on croise des cavalières à cheval sur la piste, ou même des tigres. D’autres fois, Micky Milan fait tirer des feux d’artifice à l’intérieur de l’établissement, brûlant au passage les fringues des clients. Entre 1h30 du matin et 2 heures, Micky passe des slows. Puis, il attaque sur un rythme très rapide. « Et généralement je finis en fête, reggae et tout ça, jusqu’à 8h30 du matin. » L’ambiance est telle que, comme au Palace ou au Sept, être vu à l’Échapp’ devient un enjeu pour beaucoup de personnalités du moment : « J’ai reçu tout le monde », exagère Micky Milan. « Serge Gainsbourg, il a fallu que je le porte sur mon dos pour qu’il sorte du club. » 

Au début des années 1980, l’Échappatoire tourne à plein régime. Autour de la discothèque se fédère une scène musicale, faite de musiciens internationaux, parisiens et clichois, qui réinterprètent le funk américain en langue française. En 1982, Micky Milan sort “Quand Tu Danses”, et devient le premier Français à signer sur Salsoul, mythique label new-yorkais. Le DJ vend 20 000 exemplaires du single par jour, mais plutôt que de capitaliser sur son succès, il préfère enchaîner, sans transition, avec “C’est une bombe (cette super fille-là)”, toujours composé avec François Feldman – qui vivait d’ailleurs en face de l’Échappatoire. « À l’époque, on n’appelait pas encore ça du french boogie », corrige Micky Milan. « Mais disons qu’on sentait tous qu’on était en train de créer quelque chose de différent des Américains. On était une vingtaine à être actifs, et toute la scène passait par nous. » Dans la sphère du club, gravitent également Elegance, avec le tube “Vacances j’oublie tout” (produit par Micky Milan), ou Rod, invité de marque dont le hit “Shake it Up” est joué partout dans le monde.

C’est normal si Prince balance des verres à la gueule des gens.

Micky Milan à un videur de L’Échappatoire

Tous les vendredis, l’Échappatoire accueille des concerts : des stars américaines s’y produisent en semi live, comme Delegation, Imagination, Mike Anthony, mais aussi des stars du top 50 français, Caroline Loeb, Jeanne Mas ou encore Jean-Luc Lahaie. Une nuit, pendant un set de Micky en 1979, un petit homme fait irruption sur la piste, entouré d’une équipe entière de chez Universal. « C’était Prince », se souvient le DJ en imitant la démarche du Kid de Minneapolis. « Il m’a demandé un morceau et quand je l’ai mis, il a bondi sur le dancefloor et s’est mis à danser comme un malade. Dans la précipitation, il a balancé son cocktail dans les airs. Le verre a atterri dans la tronche d’un client. Un videur s’est précipité vers Prince pour le dégager de la boîte, mais je l’ai stoppé net. Je lui ai dit : “C’est normal si Prince balance des verres à la gueule des gens.” Parfois, il faut que ça soit le bordel pour que ce soit bien. » 

Reine de l’Échapp’

Si Micky Milan ne reconnaît pas sa discothèque dans les souvenirs de Betty et de sa bande, c’est que l’Échappatoire qu’ils ont connu n’est pas tout à fait la même boite. En 1987, Betty Roy a 20 ans. Ses parents ont emménagé sept ans plus tôt à Clichy, dans une maison qu’ils ont achetée sur plan, à une époque où la ville de Seine-Saint-Denis attirait encore les classes moyennes. « Ma mère avait obtenu une mutation pour un bon poste chez EDF. C’était avant que Clichy ne devienne glauque, avant les HLM et les problèmes », précise-t-elle.

Un soir, son grand frère l’emmène faire la fête à l’Échappatoire. Elle croit « que Micky était aux platines », sans en être vraiment sûre. En 1987, le DJ star du lieu est déjà en retrait du club depuis trois ans et ne mixe plus que sporadiquement dans sa base clichoise. Ce dont Betty est sûre, c’est que Claude, de dix ans son aîné, bossait au bar ce soir-là. La jeune étudiante tombe immédiatement sous le charme du barman, « beau comme un dieu ». Betty et Claude vont vivre une histoire d’amour de quatre ans, intimement liée à la discothèque de l’allée de la Chapelle, où ils passent leurs week-ends. Une idylle assez longue pour voir défiler plusieurs DJs aux platines de la boîte de nuit, dont un certain Eddy et surtout Eric D’Imperio qui, d’après Betty, « mettait l’ambiance à fond la caisse. »

J’ai réussi à le calmer pendant quatre ans, mais dans le fond, c’était un chaud lapin.

Betty, ancienne habituée

En tant que copine du barman, Betty devient naturellement une personnalité de l’Échappatoire. Son futur ami Jean-Pierre, qui ne la connaît que de vue à l’époque, rêve de lui offrir un verre, mais n’ose pas l’approcher. « J’étais inatteignable », constate Betty. « Je ne payais jamais l’entrée, je buvais à l’œil. » Un soir, en 1991, Betty apprend que Claude, le barman, la trompe avec une autre. « J’ai réussi à le calmer pendant quatre ans, mais dans le fond, c’était un chaud lapin. Quand j’ai appris qu’il en voyait une autre, j’ai tapé une crise dans la boîte. J’ai tout cassé et je me suis réfugiée pour pleurer dans les toilettes. » Le frère de Claude, chargé de la sécurité, toque à la porte. « Il m’a dit : “Betty, ma belle, je t’aime trop, je ne pourrai jamais te virer du club, mais il faut que tu t’en ailles.” » Pour son dernier soir, Betty, la reine de l’Échapp’, est sortie de la discothèque par la grande porte, « comme une star ». Elle n’y est plus jamais retournée. 

Du funk à la house

Quand Jacques le Honsec accède au poste de DJ de la discothèque clichoise, Betty ne règne plus sur les lieux et l’époque faste où Micky Milan faisait danser le tout-Paris est révolue. Nous sommes en 1991, la vague funk est passée, les jeunes prennent des acides ou écoutent du grunge. De son côté, Jacques Le Honsec ne vient pas de la soul, du disco ou du funk « J’étais DJ au BH, un club gay de Châtelet très porté sur le cul et dont le public était très exigeant. Je jouais beaucoup de new wave et les premiers disques de new beat qui arrivaient de Belgique. »

Le DJ, qui a aussi été leader du groupe de synthwave Goûts de Luxe, débarque à Clichy-sous-Bois dans une discothèque à l’ambiance très familiale, mais qui n’est plus tout à fait le joyau funk de la fin des années 1970. « Le type qui était aux platines en 1991 (NDLR : Eric D’Imperio) était vraiment la caricature du DJ ringard », rit Le Honsec. « Il prenait le micro pour chanter au milieu des gens. Je crois qu’il fait des reprises de Johnny Halliday maintenant. Je me souviens que le soir où j’ai pris le relais, j’ai voulu passer de la house, des trucs que je jouais au BH. J’ai vidé la piste. Un barman est venu me voir et m’a dit : “Joue un morceau de funk, pour voir.” J’ai lancé “Get Down Saturday Night” et les gens sont devenus fous. Ça a duré comme ça pendant cinq ans. »

Marvin Scott
Sidney, l’animateur de l’émission H.I.P. H.O.P

Peu à peu, les goûts du public finissent tout de même par évoluer. En 1996, Jacques Le Honsec quitte la discothèque, avec le sentiment du devoir accompli : « J’avais réussi à introduire la house à l’Échappatoire, parce que le funk et le disco étaient vraiment des genres vieillissants. Il fallait éviter que la boîte ne s’englue dans le passé. » Après le passage du DJ, l’Échappatoire connaît un nouveau trou d’air. En 1998, Claude Guibert et sa femme, Milanka, rappellent Micky Milan à l’aide. « En six mois, j’ai blindé le club à nouveau », jure le DJ, qui fait venir DJ Ludovick, spécialiste du zouk, et l’installe dans une salle annexe. Le chant du cygne est pourtant de courte durée. L’Échappatoire est liquidé par ses propriétaires le 1er Juillet 2001. 

Le pouvoir de la funky music

Il est minuit sur le dancefloor du gymnase Henri-Vidal de Montfermeil, ce samedi 2 octobre 2021. Raymond Cazaux, 60 ans, casque audio autour du cou, s’installe enfin aux platines. « Allez Raymond, c’est à toi ! », lance au micro l’un des amis de Betty en levant ses pouces en l’air. L’ancien DJ résident de l’Échappatoire, surnommé DJ Ray Caze à l’époque, jette un œil sur son public, adresse un léger sourire aux habitués de la discothèque postés à l’avant de la piste de danse, tout en gardant un œil attentif à tous les jeunes de Clichy et Montfermeil qui l’attendent au tournant. Premier morceau ? “Somebody Else’s Guy”, le hit de Jocelyn Brown sorti en 1984, l’année où Raymond Cazaux prenait pour la première fois le contrôle de l’Échapp’ après s’être fait débaucher du Number One d’Angers.

Les premières vocalises a cappella de la chanteuse américaine provoquent immédiatement des cris hystériques dans le public. La bande à Betty exulte. Jocelyn Brown s’époumone quand un break de batterie lance une ligne de basse du tonnerre. Les anciens habitués se la donnent grave. Des jeunes se précipitent même vers le dancefloor par groupe de dix, rivalisent de pas de danse, immortalisent l’instant en story sur Instagram. Deux minutes plus tard, DJ Raymond « Ray Caze » Cazaux enchaîne sur un de ses classiques à l’Échapp’ : “Say You’ll Be” de Jerome Prister. L’ambiance est chaude. Jacques Le Honsec, qui n’y croyait pas, est pourtant obligé de l’admettre : alors qu’il s’installe sur scène pour un set d’une heure, le funk est en train, sous ses yeux, de réconcilier trois générations de Clichois. La soirée se termine, Betty et ses amis, plutôt relax, se lance dans une soul train line dance avec des danseurs de voguing. « On remet ça dans deux ans », promet Betty, en quittant le gymnase. Alors, Micky, tu viendras cette fois-ci ?

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