A Chicago, un homme sauve 50 000 vinyles de la déchetterie

Écrit par Théodore Hervieux
Photo de couverture : ©Layton Ehmke
Le 15.09.2016, à 14h48
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©Layton Ehmke
Écrit par Théodore Hervieux
Photo de couverture : ©Layton Ehmke
A Chicago, un homme est tombé sur une gigantesque collection de vinyles, sur le départ pour la déchetterie. Ce héros a pu, tant bien que mal, en sauver près de 50 000, et ne sait pas trop aujourd’hui comment gérer cet immense stock. 


C’est Noël avant l’heure pour Terry Wallace. Cet habitant de Chicago, qui s’occupe de fournir des meubles et des décorations pour des restaurants et des hôtels, est récemment tombé sur une surprise d’une taille qui ferait pâlir d’envie le plus jeune de vos marmots, si peu mélomane soit-il.

“L’usine à blindés” (“the tank factory”) est un gigantesque entrepôt en brique situé au sud de la ville. Baptisé ainsi par le voisinage en raison de sa réputation (il aurait servi de fabrique de munitions durant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’en réalité, son sous-sol a plutôt servi de morgue pour les corps des soldats décédés et rapatriés), c’est là que Terry Wallace a choisi de louer un studio, il y a quelques mois.

Taylor Wallace 50000 vinyles
Peu de temps après, un groupe de travailleurs, venus dégager les encombrants du sous-sol de cet espace de 7 000 mètres carrés, intrigue Terry. Et à juste titre : une incalculable collection de vinyles était en train de disparaître petit à petit, en direction la déchetterie voisine. Après s’être mis d’accord avec eux, Terry n’avait plus qu’une idée en tête : sauver un maximum de vinyles, tandis que les employés menaient à bien leur funeste tache. Arrivé le quatrième jour de ce grand ménage de printemps, il constate, impuissant, que près de 500 mètres cubes de galettes sont déjà partis à la casse.

J’ai vraiment pensé uniquement à en sauver le plus possible, le plus vite possible”, raconte le sauveur à Layton Ehmke, qui a relayé l’histoire complète ici. “La seule chose qui retenait ces types était l’attente de nouvelles bennes à ordures parce qu’ils les remplissaient trop vite. Des palettes entières de vinyles attendaient leur tour, parfois à quelques mètres seulement des bennes à ordures”.

Du massacre, Terry n’a pu sauver qu’une partie, qui trône dorénavant au milieu de son studio de 2 000 mètres carrés au premier étage de l’entrepôt : une douzaine de palettes, chacune soulevant environ une demi-tonne, soit au bas mot près de 50 000 disques vinyles. Mais au fait, de qui sont-ils ?

Taylor Wallace 50000 vinyles

“On ne peut pas en faire l’inventaire en un jour”, explique Terry, qui détaille pourquoi il a préféré ne pas faire tout de suite le tri : “Nous avons délibérément fait l’impasse sur le contenu, afin que davantage de vinyles puissent être sauvés.” Notons tout de même quelques raretés de Ray Charles, des Beatles ou de Frank Sinatra parmi les rescapés.

Un propriétaire mégalomane ?

Toutes ces belles galettes proviendraient du stock de Record Exchange, un magasin de vinyles connu dans la région de Chicago et dont la particularité a été d’ouvrir et de fermer près de sept fois au cours des 27 dernières années. L’objectif de la boutique était d’acheter et de vendre des disques au prix le plus bas possible, afin de garantir à tout le monde l’accès à la musique. La rumeur dit que c’est l’un des premiers “vinyl shops” à avoir vendu en même temps des vinyles neufs et d’occasion, et que le lieu aurait servi d’inspiration pour la comédie anglaise High Fidelity.

Le propriétaire et fondateur, un certain Gary Horwitz, a d’ailleurs assuré à Layton Ehmke n’avoir choisi cette voie que pour l’amour de la musique, et pas par appât du gain. Et lorsqu’il a fallu mettre la clé sous la porte, Horwitz a fait le pari de stocker tous ses disques : “La théorie économique selon laquelle j’ai mené mon business était celle de la procrastination”, explique-t-il à Layton Ehmke. “Cela signifie que si vous attendez assez longtemps, il y aura toujours quelqu’un pour finalement le vouloir.”

Après avoir repoussé son départ à la retraite d’une dizaine d’années, il l’a finalement prise cet été, direction Hawaï. Il emporte tout de même avec lui un petit baluchon de 120 000 disques, avec la ferme intention “de modifier l’équilibre musical à Hawaii. Parce que quand les gens se rendent sur une île, ils se débarrassent généralement des trucs lourds, comme les livres et les vinyles.”

Taylor Wallace 50000 vinyles

Concernant Terry Wallace, la suite ne semble pas tout tracée. Je ne peux pas dire si ça a été une bonne décision ou non”, explique un Terry peu rassuré. “Je suppose que je pourrais ouvrir un magasin de disques. Je pourrais transformer ce studio en espace de vente au détail. Je pourrais aussi choisir le meilleur de la pile et le mettre en vente dans un magasin spécialisé, ou en ligne. Mais la vraie question est : ai-je vraiment envie de ressembler au mec de High Fidelity toute ma vie ?”

Via WeAreMel

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