1997 : quand The Prodigy accordait une interview au tout premier numéro de Trax

Écrit par Trax Magazine
Le 04.03.2019, à 15h10
04 MIN LI-
RE
©D.R
Écrit par Trax Magazine
Trax et The Prodigy, c’est une longue histoire. Dans son premier numéro, le magazine dédiait une page d’interview au groupe, dont le troisième album — aujourd’hui culte — The Fat of the Land venait de voir le jour. Alors que Keith Flint, leader de la formation britannique, vient de décéder, retour sur les mots que The Prodigy confiaient à Trax en 1997.

Cet article est initialement paru dans le numéro 1 de Trax, en 1997.
Par Florence Crohare

The Prodigy rime avec hystérie ces jours-ci. Depuis que « Firestarter » s’est classé n°1 dans les charts anglais, l’été dernier, le monde entier est à l’affût, et guette la sortie ces jours-ci de The Fat of the Land, leur troisième album.

Sans cesse repoussée, la tension atteint son paroxysme quand « Breathe », deuxième single de l’album fantôme, devient à son tour numéro 1, Noël dernier. Depuis janvier, le Virgin Megastore des Champs-Elysées enregistre 6000 commandes de l’album et affiche dans le magasin « Non, nous n’avons pas encore le nouveau Prodigy. En attendant, achetez autre chose. »



Une énergie bien à nous

30 juin 1997, The Fat of the Land est dans les bacs. Même la France est dans tous ses états. Chauffés par le succès de Daft Punk, les médias ne veulent pas passer à côté du « nouveau phénomène ». Mais il est déjà trop tard. Le groupe qui a clôturé, en tête d’affiche, le Festival Rock à Paris du Parc des Princes, le 15 juin dernier, refuse toutes les interviews. Libé, Nulle Part Ailleurs, annulés. Coincé dans un couloir du Parc, juste avant de monter sur scène, Liam Howlett, seul maître à bord de la machine Prodigy, explique : « Pourquoi on perdrait du temps à faire des interviews ? Ce qui compte, ce sont les concerts. Ce qui est important, pour nous, c’est de donner au public ce qu’il vient chercher. S’il est content, il reviendra, et sera de plus en plus nombreux. Sur scène, on se défonce, on met toute notre énergie. On “rocke” tout le monde. On préfère se livrer au public qu’à la presse. On en tire beaucoup plus de satisfaction. La presse nous à déçus. Elle trouve toujours quelque chose de nouveau à dire, mais ce ne sont que des fragments de nous-mêmes. Il faut toujours qu’ils justifient ce qu’on fait, qu’ils trouvent une raison d’être, une explication à tout. Alors que, la plupart du temps, il n’y en a pas. Quand on nous a qualifié de groupe politique, on ne s’y est pas retrouvés. Ce n’est pas parce que “Their Law” figure sur une compilation contre la Criminal Justice Bill (loi interdisant les raves en Angleterre, ndlr), que Music for the Jilted Generation était un album politique. Si on est là, c’est que The Prodigy, c’est tout ce qu’on sait faire. Je fais une chose dans la vie : de la musique. Et si on en est encore là au bout de cinq ans, c’est que ce qui nous intéresse c’est de porter notre musique sur scène, de créer une énergie bien à nous, au même titre que Red Hot Chili Peppers ou Rage Against The Machine. Notre emploi du temps pour les mois à venir, c’est la tournée et les festivals partout dans le monde, pas les interviews. »

S’extraire du milieu rave

Avec 27 dates en trois mois, qui les emmènent de l’Europe aux U.S.A, en passant par le Japon, les Prodigy se lancent à la conquête du monde par la scène. « Ce qui nous intéresse, c’est la musique ! » Alors restons-en à la musique. Ce troisième album, The Fat of the Land, affiche clairement une volonté de la part de Liam Howlett, compositeur unique de The Prodigy, d’élargir son champ. « Quand on a sorti Music for the Jilted Generation, on a voulu s’extraire du milieu rave et s’introduire dans celui des festivals rock. Le public rock est beaucoup plus critique que celui des raves, c’est plus motivant. C’est sur cette tournée qu’on a utilisé un guitariste live pour la première fois. »



« On dirait les Sex Pistols »

The Fat of the Land reste dans cette logique et l’ascendant rock se fait de plus en plus présent. La reprise de « Fuel my Fire » des furieuses L7 a terminé en beauté la prestation du groupe au Parc des Princes. « Serial Thrilla », sur le sample du « Selling Jesus » de Skunk Anansie, permet à Keith d’achever sa métamorphose punk. C’est vêtu de jean et arborant les couleurs du drapeau anglais qu’il s’est offert au public du Parc. Sa prestation trash — bave gluante, eau crachée à la gueule du public — fait dire aux plus âgés : « On dirait les Sex Pistols ! » Le guitariste aux cheveux rouges, sur scène quasiment la moitié des morceaux, plaque les accords secs de « Breathe ». Vision hardcore de Ennio Morricone. Liam tu nous étonnes !

« Ce que je cherche, c’est créer des atmosphère différentes sur chaque morceau. » Avec ses cuivres samplés, « Funky Shit » est un morceau ultra rapide, presque enjoué par rapport aux ambiances habituelles, plutôt dark. On connaît depuis longtemps le penchant de Liam pour le hip-hop. « Si j’ai choisi Kool Keith, c’est parce qu’il rappait dans un groupe américain old school, les Ultramagnetic MC’s, que j’aimais vraiment. Je n’allais pas prendre le train en marche genre : « Voyons qui est ‘in’ en ce moment ? Le Wu Tang Clan ! » Non, je respecte réellement Kool Keith. C’est avec lui que je voulais faire ce morceau. » Sur « Diesel Power » (featuring Kool Keith), Liam ralentit donc ses beats et répète sa boucle, sans les breaks qui caractérisent son style habituel, conférant au morceau une atmosphère plus hip-hop. « Il m’arrive encore parfois de mixer en soirée, chez des potes, mais je ne passe plus de techno. Hip-hop only ! »



« Mindfields » et son thème médiéval sont un havre de paix après l’hystérie « Funky Shit » et « Serial Thrilla ». « Narayan » enchaîne sur une atmosphère orientale et psychédélique, de plus de 9 minutes, avec le pape du genre au chant, Crispian Mills de Kula Shaker. « If you believe the western sun / Is falling down on every one / You’re feeling burn / Your time has come / You’re feeling down their energy. » Mystique. Car Liam n’a pas complètement tiré un trait sur l’élan de communion qui caractérisait les raves de la grande époque. « Climbatize » est un morceau hypnotique sur lesquels les breakbeats sont mis en bémol. La longue introduction est une sublime mélodie synthétique qui rappelle les hymnes des raves. « Je ne cherche pas à faire du rock. Même si les influences de ce style se font plus sentir dans ma musique, je fais quand même de la techno et je ferai toujours de la musique électronique. » Tenez-vous le pour dit.

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant