12h de rave en pleine forêt : le Draaimolen est bien le festival nature le plus cool de Hollande

Écrit par Jean Paul Deniaud
Photo de couverture : ©Frankie Casillo
Le 09.09.2019, à 12h36
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©Frankie Casillo
Écrit par Jean Paul Deniaud
Photo de couverture : ©Frankie Casillo
Les 13 et 14 septembre derniers, le festival Draaimolen rassemblait la fine fleur des musiques électroniques à Tilburg, dans le sud de la Hollande. On vous raconte ces deux jours magiques passés dans les bois, les étoiles plein les yeux, mais surtout les papillons dans le ventre.

Sur le dancefloor de la scène Strangelove 2, tout en virevoltant sur les rythmes de Lena Wilikkens et Phillip Jondo, une fille avec de grands papillons dans les cheveux interpelle les personnes qui fument en dansant. Lisa – c’est son nom – vient de déposer un gobelet avec fond d’eau dans le creux d’un arbre et invite ses voisins à y jeter leurs mégots. Sur son T-shirt, on peut lire « Take care of our earth ». Elle a écrit elle-même « our » au feutre en barrant le mot « the ». « Je pousse les gens à faire de petits efforts partout où je vais » lance-t-elle avant de repartir dans la foule. Après y avoir déposé le sien sous les applaudissements de ses voisins, un danseur ne peut s’empêcher de réagir. « C’est dommage, on a reçu des jetons de consigne pour nos gobelets, mais pas de cendrier de poche. » Puis creusant avec son pied le sol d’humus et de petit bois : « Comment vont-ils faire pour les retrouver là-dedans demain matin ? » En moins de 20 min, le gobelet au creux de l’arbre est déjà à demi plein de mégots. À quelques mètres, on se prend en photo collée aux arbres, les DJs et l’immense écran LED de la scène en arrière-plan.

Pour son édition 2019, les organisateurs du festival hollandais Draaimolen étaient attendus au tournant. À entendre les habitués, l’année passée était exceptionnelle. Organisé jusqu’alors dans le petit bois de Charlotte Oord, à la sortie de la ville, l’événement a en quelques années réussies à placer Tilburg sur la carte mondiale des musiques électroniques. Le secret de la maison : une grande fête au milieu des bois avec la fine fleur des musiques électroniques ; une ambiance artisanale, rare dans cette région – le Brabant – plus habituée aux festivals hardtsyle et EDM ; et une attention toute particulière portée au design des scènes. Mais cette année, il fallut tout repenser.

« Charlotte Oord n’était plus disponible, le festival a dû s’implanter ici, alors qu’il n’y avait rien de prêt », raconte un vieil ami de la maison. « On ne pensait pas qu’ils allaient pouvoir faire mieux. Et pourtant… » Et pourtant, il semble que le pari a bien été tenu. À commencer par ce nouveau terrain de jeu, désormais situé à 30 minutes de voiture depuis le centre-ville. Pour s’y rendre, il faut passer l’entrée de Efteling, l’un des plus grands parcs à thème du pays, contourner le parc national De Loonse en Drunense Duinen avant d’y pénétrer par une petite route. Là, au beau milieu des bois, des chemins piétonniers conduisent à chacune des six scènes, toutes entourées d’une dense végétation ; quand elles ne sont pas construites carrément dans la forêt, comme la Strangelove 2 où l’on danse entre les arbres devant les platines de Jane Fitz, Donato Dozzy, Four Tet b2b Hunee ou Lena Willikens b2b Phillip Jondo – l’un des meilleurs moments de la journée. Au détour d’une déambulation, entre les foodtrucks vegan et un bar à bière kraft et vins de qualité – 8,70 € le verre Châteauneuf-du-Pape – s’étend un petit jardin de hautes herbes rappelant un paysage de marais. C’est l’œuvre de Kurt Roithmayr, indique un panneau placé là par les organisateurs, qui raconte que l’endroit « est un projet de jardin durable destiné à réactiver les processus naturels du sol et à inviter papillons et insectes à revenir. »

Ailleurs, cachés dans une petite clairière, une vingtaine de matelas disposés aléatoirement accueillent peu après l’ouverture fumeurs de joints et premiers fatigués. À l’entrée un autre panneau indique « Simplicity, by Derk and Milo ». Milo van Buijtene est le boss ici. Fondateur des fêtes Draaimolen puis du festival du même nom en 2014, il semble que tout passe à un moment par lui. « Ça a été un énorme boulot de faire cette édition ici sur ce nouveau site », raconte-t-il entre deux consignes depuis les backstages de la scène principale. « Il y avait des arbres partout. Il a fallu créer les espaces dans la forêt, couper certains arbres, déplacer plus loin les groupes de biches et autres animaux… » Sur le point de repartir, il conclut, visiblement fatigué. « Faire ce festival ici en seulement trois mois a été très difficile. » En témoigne la scène Strangelove 1, située au fond d’un très large trou creusé à environ 4 mètres de profondeur. On imagine la prouesse et le labeur pour installer ce dispositif entre les feuillus.

Avec son DJ booth et un sound-system au centre, entouré de tôles de récupération rouillées, de grues portant les lumières et de milliers danseurs, le lieu a quelque chose d’une cérémonie à la Mad Max. La programmation est à l’avenant : Helena HauffDJ Stingray b2b Objekt, Legowelt et Marie Davidson en live, ou encore le patron Job Jobse. Malheureusement, ces gros travaux ne seraient a priori pas le signe d’une durabilité du festival sur ce site. « Il s’agit d’un ancien terrain militaire que la ville a récupéré, raconte Vera Hoekx, membre de la direction du festival. Le conseil municipal nous a autorisés à l’exploiter avant sa vente, prévue d’ici un an et demi, deux ans. » Cela ne les pas empêchés de voir les choses en grand. « Chaque année, on ajoute une nouvelle scène, on grossit. Aujourd’hui on attend environ 10 000 personnes » nous dit-on au détour d’un bar.

La programmation générale, affinée d’édition en édition, n’a sélectionné que les plus estimés du genre. Plusieurs scènes ont été confiées à des DJs. Marcel Dettmann pour le Tunnel techno – DJ NobuPlanetary Assault Systems, Adiel, Gesloten Cirkel –, ou Job Jobse, aussi estimé chez eux que Laurent Garnier que chez nous, pour les deux scènes Strangelove 1 et 2. On y a même vu les Français Molly en DJ set et un excellent live de Château Flight (I:Cube et Gilb’R) entre un intense b2b entre Barnt (décevant) et HAAi (exceptionnelle). Comme d’habitude à l’étranger, on ne fait la queue pour rien, ni aux toilettes ni aux nombreux bars. Il y a même un miroir pendu à l’entrée des toilettes, alternativement squatté par celles et ceux désireux de faire le point sur leur apparence. À la fin du week-end, le retour de Draaimolen ressemble à celui d’une balade en pleine nature. Quel plaisir de danser en foulant la mousse des sous-bois, les branches craquant sous les pas, s’allonger dans l’herbe face au live aérien et poétique de Wanderwelle ou celui, plus noisy et mélancolique, d’Alessandro Cortini, observer une sauterelle posée sur soi alors que l’on reprend son souffle, ou sentir l’humidité envahir l’air à la nuit tombée. On quitte Tilburg avec le sentiment d’avoir vécu un très bel événement, à l’ambiance artisanale et familiale, portant un certain engagement environnemental. Un festival fait par et pour une nouvelle génération de fêtards, qui, si elle garde encore de vrais mauvais réflexes – le jeté de gobelets en plastique et de mégots au sol, vrais impairs – a tout pour plaire à Lisa et ses papillons.

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