10 ans d’Electric Park : le grand Joachim Garraud livre sa vision de la techno d’aujourd’hui

Écrit par Alexis Tytelman
Le 13.08.2019, à 18h20
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Écrit par Alexis Tytelman
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À l’occasion des 10 ans de son festival Electric Park, qui réunira le meilleur de la musique électronique actuelle le 7 septembre prochain à Chatou dans les Yvelines, son créateur Joachim Garraud évoque les évolutions de la techno actuelle, l’explosion de la bulle EDM et ses activités moins connues de producteur de musique électronique underground.

Depuis 10 ans, le festival Electric Park, qui se tiendra le 7 septembre prochain sur l’île des Impressionnistes, à Chatou (78), se pose en défricheur des tendances électroniques. À l’occasion de cet anniversaire, son créateur Joachim Garraud, compagnon de route historique de David Guetta et producteur légendaire de musique électronique, évoque sa vision de la techno actuelle, l’évolution de son rapport aux festivals estampillés « EDM » et la politique de programmation du festival.

Propos recueillis auprès de Joachim Garraud, peu avant le décollage de son avion pour une destination inconnue.

Plus les années passent, plus on a l’impression que l’EDM sous sa forme la plus commerciale recule au profit des artistes issus des scènes électroniques underground en festival, quel est votre diagnostic sur cette évolution ?

Effectivement, je dirais qu’il y a un retour aux sources de la musique électronique avec des courants moins commerciaux qui intéressent de plus en plus de personnes. Je pense que les gens ont peut être eu une « petite fatigue » d’avoir des artistes qui jouaient tous les mêmes titres, une trop grande similitude dans les playlists. Je pense que, du coup, la diversité musicale, y compris underground prend un peu plus de place en festivals. J’avais anticipé ce virage et, avec Electric Park, ça fait quelques années qu’on laisse place à la psytrance, la techno, la bass house, des courants divers même sur la scène jaune, notre main stage.

Ce phénomène ne comporte-t-il pas le risque de standardiser la techno, d’en faire une musique de « tubes » à l’instar de l’EDM ?

Je pense que les codes de la musique techno sont différents des codes de la musique sous l’étiquette EDM. Je n’ai pas l’impression que, parcequ’il y a plus d’artistes techno à l’affiche, on va banaliser les titres diffusés. Quand on écoute un set de Vitalic, qui sera présent cette année par exemple, surtout sous l’étiquette Dima, le public ne connait pas la moitié des titres car ce sont des nouveautés, jouées en live, qui plus est. Ces styles sont plus « riches » en termes musicaux, les catalogues sont beaucoup plus fournis et variés. Pas besoin de passer les incontournables bootlegs de Nirvana et compagnie… Plus de diversité dans les titres et, aussi, dans les émotions. C’est ça qui me plait là-dedans.

Un autre aspect de cette évolution est l’augmentation des cachets et des exigences des artistes techno et house : la ressentez-vous en tant qu’organisateur de festival ?

Oui, bien sûr. Cette inflation est cependant beaucoup plus mesurée que ne l’étaient, car ça commence à s’écrouler, les exigences des artistes EDM. Oui, même au sein de la techno, certains demandent à voyager en jet privé, tout simplement car ils font beaucoup plus de dates. Et que le seul moyen de jouer, par exemple, l’après-midi au Parc des Impressionnistes et le soir en Allemagne est de voyager de manière indépendante. Je ne veux pas parler de flambée, car ça reste « raisonnable ». Des gens comme Carl Cox, ça fait 25 ans qu’il mixe, et son cachet n’a jamais augmenté à la vitesse d’un artiste EDM. Car, contrairement aux artistes underground, les titres des artistes EDM à succès passent 10 fois par jour en radio. Leurs cachets peuvent parfois être multiplié par 1000 ou 2000 assez rapidement.

« Je fais aussi beaucoup de projets très underground où je ne mets pas forcément mon nom, dans lesquels je m’épanouis beaucoup », nous confiez-vous il y a un an. Continuez-vous cette activité de producteur de l’ombre ?

Oui, je continue car j’aime faire beaucoup de styles musicaux, des choses sur lesquelles je ne signe pas Joachim Garraud car je ne veux pas utiliser cette notoriété au sein d’un projet de ce type. Je veux que ça fonctionne par soi-même. Il y a quelques mois, j’ai lancé le label Undgrdmusic pour signer des jeunes de la nouvelle génération un peu plus pointus, et aussi de sortir des prods sous différents pseudos. C’est essentiel pour moi.

Quelles surprises attendent les festivaliers pour les 10 ans d’Electrik Park ?

Les surprises, vous êtes déjà un peu au courant, ce sont surtout les artistes. Je voulais faire un point d’orgue sur l’éclectisme cette année. Outre cela, il y a aussi des surprises « physiques », dont un manège qui prend une certaine place. Le village est plus grand, avec plus d’exposants, on a agrandit la scène techno, avons créé un second espace VIP. Tout ça vise à diversifier l’expérience et permettre au public de vivre une journée d’exception. Le reste, vous le verrez le jour J…

La programmation est plus que jamais éclectique cette année : Le public demande-t-il plus de diversité ou est-ce plutôt une volonté de votre part ?

Electric Park a fait son nid en proposant des artistes différents des « leaders » du genre. Les machines de guerre de Live Nation proposent presque toujours les mêmes line up. Je suis hyper fier d’avoir été le premier festival français à inviter Skrillex, Avicii, à l’époque où personne ne les connaissait. On en est fier, et d’autant plus pour les 10 ans. Entre Angerfist et Vitalic ou Hilight Tribe, c’est vrai que c’est le grand écart, mais c’est cela qui est valorisant. Et on l’assume totalement. C’est donc une volonté claire de notre part.

On ne pouvait pas s’en empêcher : À quand une nouvelle collaboration avec Chris Willis ?

Je ne veux pas donner de date, car rien n’est prévu pour l’instant. On échange beaucoup de musique. Quand on trouvera quelque chose qui nous excite tous les deux, ça se fera. J’espère le plus tôt possible.

Allez, bon décollage !

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